Il y a des histoires que l’on croit connaître, jusqu’à ce qu’on réalise à quel point elles ont été réécrites au fil du temps. Derrière les œufs de Pâques, se cache un enchevêtrement de traditions, de symboles et de légendes qui ne cessent de surprendre.
Que fête-t-on à Pâques ?

Pâques, c’est la pierre angulaire du calendrier chrétien. Bien avant que le sapin et la bûche ne prennent le devant de la scène, cette fête marquait la résurrection du Christ, le retour à la vie après la mort. Pour les croyants, c’est le cœur même de leur foi : une promesse de renouveau, bien plus fondatrice que Noël à l’origine.
Mais au fait, pourquoi fête-t-on cette fête avec des œufs la plupart du temps faits de chocolat ?
Remontons le fil du temps. Depuis l’Antiquité, l’œuf symbolise la vie qui recommence, le renouveau. Les Romains, les Perses, les Égyptiens : tous ou presque prenaient soin de décorer des œufs pour célébrer le retour du printemps, chacun à leur manière. Ce geste n’a rien de nouveau, il traverse les siècles et les civilisations.
Mais au IXe siècle, l’histoire prend un autre tournant. L’Église catholique bannit la consommation d’œufs pendant le Carême, cette période de privation qui précède Pâques. Les poules, elles, n’ont pas arrêté de pondre. Résultat : les œufs s’accumulent. Plutôt que de gaspiller, on les décore, on se les offre, et l’habitude s’installe. Les œufs deviennent cadeaux, souvenirs, témoins d’une attente partagée.
Il faudra attendre le XIXe siècle pour que le chocolat s’invite à la fête. Avec le cacao désormais plus accessible, les artisans se lancent : les œufs prennent des allures sucrées. Depuis, la tradition ne s’est jamais essoufflée, et chaque printemps, les vitrines débordent de créations chocolatées qui font le bonheur des petits comme des grands.
Que symbolisent les œufs et les lapins en chocolat ?
L’œuf, depuis toujours, porte l’idée de fertilité, de vie à venir. Chez les Grecs anciens, le lièvre servait à déclarer ses sentiments à l’élu de son cœur, un peu à la manière d’un bouquet aujourd’hui. L’animal, réputé pour sa capacité à multiplier sa descendance, s’est imposé comme emblème de l’amour et du renouveau. Au fil du temps, cette image s’est enracinée et a traversé les frontières.
Petit à petit, impossible de dissocier Pâques de ces deux symboles : l’œuf, promesse de vie, et le lapin, incarnation de l’abondance. La tradition chrétienne s’en empare : le lapin devient le messager, celui qui dépose les œufs dans les jardins. L’imaginaire collectif fait le reste. Aujourd’hui, enfants et adultes partagent ce même sourire amusé en évoquant le lapin « livreur » d’œufs.
Et parfois, ce sont d’autres animaux qui s’occupent de cette tâche.
Pâques n’a jamais eu une seule et unique histoire. Les coutumes varient, parfois de village en village. Voici quelques exemples qui montrent la diversité de ces traditions :
- En Allemagne, c’est un lapin blanc invisible qui cache les œufs pour les enfants
- Aux États-Unis et en Alsace, le lièvre prend la relève
- En Thuringe, la cigogne s’invite à la fête
- En Westphalie, c’est le renard qui distribue les œufs
- En Suisse, le coucou joue ce rôle, et parfois, des cloches accompagnées de lapins viennent offrir des œufs colorés
On pourrait croire que la poule aurait dû s’imposer comme distributrice officielle, après tout, ce sont bien elles qui pondent les œufs. Pourtant, le lapin, déjà très populaire, s’est imposé partout. L’imagination a ses raisons, et la tradition s’est ancrée sans se soucier de logique zoologique.
S’il n’existe pas de récit unique pour expliquer l’association du lièvre et des œufs de Pâques, une chose reste certaine : sous toutes ses formes, la fête donne envie de croquer dans le chocolat, sans se poser plus de questions. Chaque année, le plaisir reste intact, et le mystère continue de se transmettre, génération après génération.




